mardi 11 décembre 2012


USA-Russie: la guerre de la viande est déclarée

Copyright Reuters
Copyright Reuters
Emmanuel Grynszpan, à Moscou | 10/12/2012, 16:45 - 482 mots
Ulcéré par les critiques américaines sur les droits de l'homme en Russie, Moscou annonce une régulation menaçant de bloquer les importations de viande porcine et bovine venant des États-Unis et représentant un demi milliard de dollars par an.
L'importation de viande depuis les Etats-Unis se trouve bloquée depuis que le parlement russe a vendredi adopté à la va-vite une nouvelle régulation. Celle-ci exige de chaque société exportatrice qu'elle prouve dès à présent l'absence d'un additif alimentaire (la ractopamine) utilisée par les éleveurs. Cette substance, destinée à obtenir une viande plus maigre et contenant davantage de protéines, est illégale en Europe, tandis qu'elle est considérée par le régulateur américain comme sans danger.
Les autorités sanitaires russes, qui ne voyaient jusqu'ici aucun inconvénient à l'absorption de ractopamine par leurs citoyens, ont brusquement changé leur fusil d'épaule quelques heures après que le Sénat américain ait passé le « Magnitsky Act », une mesure visant les officiels russes impliqués dans la mort scandaleuse en 2009 d'un avocat fiscaliste dans une prison de Moscou. Ces officiels sont interdits de séjour aux Etats-Unis et leurs avoirs dans les banques américaines sont susceptibles d'être gelés. Sergueï Magnitsky avait ainsi été arrêté après avoir dénoncé une vaste fraude fiscale impliquant des officiels haut placés, lesquels semblent être protégés par le pouvoir russe.
Déjà des "substances toxiques" découvertes dans l'eau de source et le vin georgien

Le directeur de l'autorité sanitaire russe Guennadi Onichenko a nié tout rapport entre le « Magnitsky Act » et la nouvelle régulation sur la ractopamine. Par le passé, il avait aussi découvert des « substances toxiques » dans l'eau de source et le vin géorgien (peu avant le conflit armé d'août 2008 entre les deux pays). Les importations de produits agroalimentaires moldaves ou ukrainiens sont également frappées d'interdits temporaires en période de tension diplomatiques avec Moscou. Le ministère de l'agriculture américain a demandé à Moscou de suspendre la nouvelle régulation, avertissant qu'elle entraînait de facto un arrêt pur et simple des exportations de viande bovine et porcine américaine vers la Russie. Des officiels américains doivent se rendre cette semaine à Moscou pour convaincre le gouvernement russe de retarder la mise en application des exigences russes.

Les exportations de viande porcine américaine vers la Russie ont cru de 14% sur les trois premiers trimestres, atteignant 208 millions de dollars. Dans le même temps, les prix de gros sur cette viande ont chuté de 20%. Côté bœuf, les importations depuis les Etats-Unis ont augmenté de 25% à 242 millions de dollars. Cet afflux met en grande difficulté les producteurs russes. Le secteur de l'agriculture et de l'élevage, qui peine à se moderniser faute financements, de technologies et d'une régulation saine du marché, craint que la récente entrée du pays dans l'OMC ne crée une situation encore plus défavorable pour les producteurs domestiques.

Les producteurs européens (90% des importations de viande bovine et de 45% des viandes porcines vers la Russie) pourraient profiter de l'occasion alors que la demande pour la viande croit en période de fin d'année. A moins que des remontrances européennes sur les droits de l'homme en Russie ne viennent subitement gâter la viande du bœuf charolais...

Aucun commentaire: